Exposition collective – Film WASHI

Pour ces 2 mois d’été, L’imaginarium du photographe laisse la salle d’exposition à 6 photographes, pour une exposition collective autour du film Washi.

Vous avez dit film Washi ?
« Fondée en 2013, Film Washi est la plus petite entreprise de fabrication de supports photographiques et la dernière à produire du film en France. »
Menée par Lomig PERROTIN, cette entreprise a donc pour vocation de fabriquer de nouvelles pellicules argentiques, en reconditionnant certains films (surveillance routière ou aérienne par exemple), ou bien en créant de nouveaux supports, comme l’atypique film « W », en utilisant du papier Washi (papier Japonais).

Plutôt que de vous présenter l’exposition de manière « classique », nous avons interviewé Lomig, pour en savoir plus sur sa démarche.

 

 


 

Salut Lomig,
Pour commencer, pourrais-tu te présenter en quelques mots, ainsi que ton
entreprise « Film Washi » ?

Je m’appelle Lomig Perrotin, j’ai 35 ans, et j’ai fait mes études de gestion forestière… Autant dire que je n’avais pas prévu de passer tant de temps enfermé dans le noir ! 

En fait, mon père collectionne les appareils photo. Nous avions un petit laboratoire familial, et en parallèle de mes études, j’ai commencé à prendre et tirer des photos. 

Film Washi est né en 2012 : alors que je travaillais sur un projet personnel, j’ai commencé à essayer de fabriquer mon propre film, en m’inspirant des premiers travaux de Fox Talbot (Calotype) et Georges Eastman (film papier en rouleaux). Petit à petit, en montrant mes essais autour de moi, des amis photographes m’ont demandé des films et deux boutiques parisiennes (Nation Photo et Sels d’Argent) m’ont proposé de les vendre… Enfin, j’ai sauté le pas en 2013 pour aujourd’hui travailler à plein temps pour l’entreprise.

Le nom de ton entreprise est lié à ce fameux film « W » dont tu viens de nous parler : pellicule noir et blanc sur support Washi (papier Japonais) et non sur base « classique » polyester, comme les pellicules que nous avons l’habitude d’utiliser.  Pourrais-tu nous expliquer brièvement toutes les étapes de création de cette pellicule,  de la préparation de l’émulsion jusqu’à la commercialisation ?

D’abord je commence par préparer les bandes de film en coupant les feuilles de papier Washi. Ensuite le papier est couché sur les deux faces avec une gélatine neutre et une émulsion sensible (que j’achète auprès d’un autre fabricant de film), puis mis à sécher. Une fois sec, le lot est testé pour vérifier sa qualité, puis en fonction du format il est perforé, bobiné, mis en paquet puis stocké ou directement dispatché entre les commandes en cours.

En parallèle de l’aspect « création pure », l’entreprise film Washi propose également du film argentique reconditionné au format 35 mm, comme par exemple le film « Z », utilisé à la base pour la cartographie aérienne, ou encore le film « S », pour l’enregistrement sonore pour le cinéma. D’ailleurs, beaucoup de photographes qui participent à l’expo collective de l’Imaginarium autour du film Washi ont utilisé de la « S »… As-tu des pellicules qui sont beaucoup plus demandées que d’autres ?

Le « W » , surtout en format 120, reste clairement mon produit le plus demandé. Viennent ensuite les Films « S » & « A » (NDLR : amorce des pellicules 35mm pour le cinéma) car leur prix attractif permet de multiplier les essais et les tests pour les maitriser.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur tes fournisseurs ? Est-ce toi qui les démarche, ou bien as-tu des contacts qui te proposent régulièrement du film ? Je pense notamment au film « D », conçu pour la surveillance aérienne, est-ce difficile de se fournir ?

C’est moi qui démarche les fabricants. C’est un travail sur le long terme qui ressemble parfois à un jeu de piste car certains fournisseurs sont plus difficiles à approcher que d’autres. Le Film « D », par exemple, a effectivement été le plus difficile à obtenir car il est produit à l’origine pour l’industrie aérospatiale Russe… 

Comme nous venons de le voir, les pellicules que tu proposes (mise à part la « W »), sont issues de films que tu récupères (cartographie, cinéma, surveillances, etc…). Cela représente-il un risque pour la pérennité de tes stocks, sachant que tu es dépendant de la production de ces films ? Envisages-tu des solutions pour devenir 100% indépendant sur du film n&b, disons « classique » ? (autre que sur du papier washi)

Aujourd’hui, quand on regarde l’état de la production argentique, on constate qu’il y a beaucoup de liens d’interdépendance entre tous les fabricants. Dans le fond, ce n’est probablement pas une mauvaise chose. Film Washi ne fait pas figure d’exception, et il y a effectivement un risque que la production de certains de mes films soit arrêtée par l’usine qui les fabrique, comme ce fut le cas pour le Film « X ». C’est en partie pour cela que j’ai commencé à faire des tests pour produire mon propre film sur support « classique », en utilisant une base polyester fournie par AGFA. J’ai déjà obtenu des résultats assez prometteurs et je pense que d’ici l’année prochaine il y aura une ou deux lettres de plus dans l’alphabet de Film Washi…

Justement, à l’Imaginarium, nous avons particulièrement apprécié le film « X », la seule pellicule couleur proposée par ton entreprise. Penses-tu reproduire un jour du film couleur ?

J’aimerais beaucoup pouvoir refaire fabriquer du film « X », mais le couchage industriel d’un film couleur implique des volumes minimum très importants (en gros, plus de 85000 cartouches 36 poses…). Pour le moment ce n’est pas envisageable à l’échelle de Film Washi.

85 000 cartouches, cela semble effectivement beaucoup, mais ne perdons pas espoir ! Quels sont les futurs projets pour l’entreprise ? As-tu des pistes pour de nouvelles pellicules ?

J’ai des projets pour au moins les dix prochaines années ! 

Concrètement, je prépare un nouveau film couché sur papier qui viendra compléter le film « W ». J’espère pouvoir le proposer à l’automne 2017.  En parallèle, je travaille sur un système de spire spéciale permettant de développer du film « W » en cuve fermée (Patterson/Jobo), ce qui ouvrirait la voie à une version panchromatique de ce film (NDLR : le support papier, beaucoup plus souple que le polyester, ne permet pas de développer le film de manière « classique »). Enfin, je prépare une grosse surprise qui devrait être disponible en janvier 2018, mais pour le moment je ne peux rien dire de plus.

Super, de belles perpectives pour les prochains mois ! Grâce à ton entreprise, on a l’opportunité de pouvoir tester de nouvelles pellicules, et donc de continuer à pratiquer l’argentique. Envisages-tu de faire revivre des formats « oubliés », comme par exemple le format 126 utilisé par les instamatic de Kodak ? Beaucoup de personnes passent à l’Imaginarium avec ce genre d’appareil et seraient ravies de pouvoir les réutiliser !

Il y a beaucoup de demande pour des formats « oubliés ». Le problème de ces formats ne réside pas tant dans la taille du film que dans les particularités de leur conditionnement. 

Pour prendre l’exemple du 126 : les cartouches plastiques ne sont plus fabriquées. Même si on peut envisager de les imprimer en 3D, il reste la problématique de la perforation spécifique du film, nécessaire au bon fonctionnement de l’appareil (sans parler du papier protecteur qui est  introuvable). Bien sûr, il est toujours possible de bricoler et de faire du sur-mesure (je l’ai fait par exemple pour des bobines « Eljy »)  mais cela exige du temps et donc des tarifs qui ne permettent pas la fabrication en série. 

Mais qui sait, on peut toujours espérer que Kodak relance la production du 126…

Merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions. De beaux projets à venir, de quoi nous rassurer sur l’avenir de la photo argentique !

 


Pour en savoir un peu plus sur les films Washi, c’est par ici : http://filmwashi.com

L’exposition est visible jusqu’au 26/08, il vous reste encore quelques semaines !

Exposition collective – Film WASHI

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *